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Parlant par respect (pop., vieilli)

Du 14 au 18 mai 2018, la Poste organise une "semaine du Respect" afin de sensibiliser les clients venant gentiment affranchir leur courrier. Qu'en est-il du respect dans nos modes de communication de tous les jours : e-mails, messageries instantanées, applications mobiles... ? 

Voici mon top 3 du respect numérique.

 

(c) F3 LR - mai 2017



En tapant les mots semaine du respect dans mon moteur de recherche, c'est un inspecteur d'académie au nom familier qui m'apprend l'organisation par la Poste de cette semaine du Respect, dans une lettre à l'attention des directrices et directeurs d'écoles publiques.



J'y apprends qu'un concours de dessin est organisé pour les élèves : à eux d'exprimer la notion de Respect (toujours avec une majuscule) par un dessin collectif - voici une contrainte qui l'impose tout de suite.

Étrange notion que celle de Respect qui, dans la phrase précédente, a déjà été associée à cette autre notion de civilité, dans un sens négatif :
L’objectif de cette manifestation est de sensibiliser les clients des bureaux de Poste sur le Respect, d’une façon générale, pour contribuer à la lutte contre les incivilités.
De fait, le terme respect fait référence, dans son étymologie, à la considération de ce qui a été admis dans le passé, à une déférence due à l'égard d'une personne ou d'une promesse, en raison d'un engagement passé.
du latin respectus (« égard, considération »)
dérivé de respicere (« regarder en arrière, derrière soi »)
Ces fameuses incivilités, quant à elles, font référence à la transgression d'un ensemble de règles de vie en communauté, proches de l'idée de savoir-vivre.

Il me semble que notre comportement en ligne, via les outils de communication actuels comme l'e-mail, doit s'appuyer à la fois sur la considération d'une relation existante qui évolue à travers les formats de message (le respect) et sur l'adéquation avec des règles de bonne conduite (la civilité, dont l'une des formes pourrait être la netiquette initiée par Sally Hambridge en 1995).

En raison de la multiplication des moyens de communication synchrone et asynchrone (WhatsApp en tête), il est indispensable de réinterroger nos comportements numériques. Voici les 3 impératifs que j'applique au quotidien et qui, j'espère, apportent davantage de confort à mes interlocuteurs.

1 - Attendre le bon moment

Cette règle est simple : ne pas envoyer un message lorsque notre correspondant n'est pas disponible pour le recevoir.

Par disponible, j'entends la capacité de traiter l'information dans de bonnes conditions. Par exemple, je ne suis pas disponible pour traiter un e-mail professionnel reçu un samedi soir à 00h48.

Vous me répondrez qu'en vertu du caractère asynchrone du message, qu'il s'agisse d'un SMS, d'un e-mail ou d'un message Facebook, il est de la responsabilité du récepteur de ne pas ouvrir le service concerné s'il n'est pas disposé à lire ses messages reçus.

Soyons honnêtes : vous voulez simplement continuer à envoyer des messages au moment où vous y pensez, où vous les rédigez, à appuyer sur le bouton Envoyer comme une patate chaude qu'on jette à son voisin en espérant qu'elle reviendra vers nous le plus tard possible.

Des solutions existent pour ménager son interlocuteur, par exemple l'enregistrement de ses e-mails en brouillon. Simple, non ?



2 - Prendre le temps de remercier

J'utilise très fréquemment des applications gratuites qui remplissent parfaitement leur fonction. Le meilleur exemple est Podcast Addict, un gestionnaire de podcasts développé par Xavier Guillemane.

Quand une fenêtre pop-up m'a demandé de noter l'application, j'ai eu tendance à repousser à Plus tard... plusieurs fois d'affilée... jusqu'à prendre conscience qu'un retour utilisateur est le moins que je puisse faire pour remercier le développeur de cette application.

De la même manière, faire une contribution à un service qu'on soutient (comme Wikipédia qui relance sa récolte de fonds chaque année) ne nous coûtera pas plus de 2€ dans l'option la plus économique.

Dans le domaine des réseaux sociaux, cette règle peut être transposée en un commandement :
Remerciez les personnes qui vous inspirent
Alors qu'un refroidissement social à l’œuvre sur les réseaux tend à uniformiser nos comportements, nos réactions et nos messages, je ressens le devoir de valoriser les profils qui m'enrichissent de nouveaux contenus et de nouvelles pistes de réflexion.




3 - Contextualiser

Avez-vous déjà reçu un e-mail sans objet, contenant un lien copié / collé dans le corps de mail, sans explications de la part de l'expéditeur ?

Il s'agit parfois d'un article de plusieurs centaines de signes dont un seul extrait en réalité vous intéresse. Pourquoi, dans ce cas, ne pas copier / coller simplement cet extrait dans le corps du message et ajouter le lien vers la ressource dans son intégralité pour poursuivre la lecture si l'intérêt s'en fait sentir ?

C'est la manière dont je procède pour communiquer sur les réseaux sociaux. Appréhender un élément dans son ensemble puis en sélectionner une partie facilement compréhensible hors contexte. En somme, une manière d'éditorialiser. (Vous l'avez ?)






If so much of your life is online, or in front of a screen, and so many of your profoundest moments are happening ‘virtually,’ I think they need to be looked at with a certain amount of respect. - Jon Rafman

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