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Planète sable : interactif

La série documentaire Planète Sable aborde la problématique de la désertification dans le monde. Produite par Mona Lisa et diffusée par ARTE au mois de mai, cette série en cinq épisodes a fait l'objet d'une adaptation webdocumentaire réalisée par mes soins. Avec cette question en tête : comment réécrire un documentaire pour le rendre interactif ?

Le format

L'adaptation est d'abord pensée au format magazine interactif par Domenico Spano, avec qui j'ai travaillé à Jimundi. Fort d'une expérience d'interactivité avec la suite Adobe, il imagine une ergonomie "en croix" : horizontale pour le chapitrage et verticale pour la lecture d'un contenu.

Menu du chapitre Sahara
Un chapitre de l'épisode Sahara

Ce format est parfaitement adapté à une lecture sur tablettes, mais il nécessite une adaptation pour le web.

Nous optons plutôt pour l'outil de montage interactif développé par Honky Tonk : Klynt. D'une part, cet outil correspond bien au format vidéo car il permet très simplement de lier une séquence à une autre. D'autre part, je connais bien ses fonctionnalités pour avoir travaillé sur le projet Raconte ta ville. Je l'utilise également en formation sur la narration interactive.

Le système de calques (layers) de Klynt nous permet de concevoir un écran-type avec différentes informations : une image principale, des médias complémentaires, un chemin de lecture et bien sûr un bouton d'accueil pour revenir à tout instant à l'entrée du webdoc.

Chapitres de l'épisode Atacama
Un écran du chapitre 3 dans Atacama

La matière

Pour adapter la série Planète Sable, nous partons de différents médias fournis par Mona Lisa : les scripts, les maquettes documentaires (43' ou 52') ainsi que les photos prises pendant le tournage.

Le premier défi est de réécrire chaque documentaire : pour une diffusion TV linéaire, les épisodes sont écrits de telle sorte que les scènes s'enchaînent naturellement. Pour une diffusion web interactive, nous avons besoin de "casser" le rythme et de hiérarchiser les contenus :
  • avec d'une part un fil rouge narratif à suivre, 
  • d'autre part des médias complémentaires à consulter s'ils nous intéressent.
C'est à partir du script que je réécris l'épisode. Le texte de la voix off constitue le fil rouge du documentaire : je l'utilise comme texte principal (et le retravaille en grande partie afin de passer d'un texte oralisé à un texte écrit).

Une voix off à lire

Quant aux scènes à proprement parler du documentaire (interviews, scènes de vie, schémas d'illustration et plans...), elles sont isolées et identifiées par sujet.

Avec Magali Homps, ergonome et graphiste, nous prenons rapidement le parti de séparer les médias par type : une collection de pictogrammes indiquera la nature du contenu complémentaire que l'on s'apprête à visionner.

Pictogrammes

Une information géographique ("localiser")

Un diaporama d'images ("photo")

Un zoom sur... ("loupe")

Les boutons sont cliquables lorsqu'ils s'affichent en couleur ; c'est en naviguant d'écran en écran, au moyen des flèches gauche / droite, que l'on explore tous les contenus disponibles. Nous ajoutons également un maximum d'informations pour guider le visiteur : par exemple des tooltips au survol d'un bouton.

Un tooltip au survol du bouton vidéo

Le webdoc dans son intégralité représente près de 300 séquences. Autant dire que le nommage des fichiers est essentiel pour s'y retrouver !

Arborescence d'un chapitre avec médias complémentaires

Nous cherchons également des informations complémentaires sur les personnages qui interviennent : en effet, la particularité du documentaire est de valoriser les chercheurs scientifiques luttant contre la désertification.

Une équipe scientifique à Atacama
Une équipe scientifique en Chine
Portrait

Parmi eux, des chercheurs de l'IRD, coproducteur de la série. L'institut de recherche, qui héberge actuellement le webdocumentaire, nous fournit des ressources issues de leur fonds - elles sont consultables directement depuis le bouton IRD.

Ressources IRD à télécharger

Les enjeux

Au départ de la réflexion sur son adaptation, j'avais pensé réécrire entièrement la série documentaire - c'est-à-dire sans maintenir la structure de cinq épisodes - pour mettre en valeur les convergences de solutions à travers le monde.

En effet, sans surprise, la lutte contre la désertification passe par la connaissance des plantes : par exemple au Sahara, l'édification d'une "muraille verte" vise à endiguer l'avancée du sable.

Sommaire

Cette réécriture thématique était très ambitieuse : elle aurait nécessité un travail parallèle de post-production afin d'adapter le montage et le mixage. Finalement, le choix d'une typologie de médias complémentaires nous a permis d'avancer sur une fragmentation extrême des contenus.

Pour moi, ce webdoc illustre la spécificité d'une image interactive : c'est-à-dire analyser une image et comprendre ce sur quoi je peux agir. 

 

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L'intégralité du texte est à lire sur Wikisource.

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