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Un nuage de particules

Quel lien secret entretient ce service à thé wireframe avec les mystères du Cosmos ? Platon nous sert la réponse sur un plateau : un article à siroter entre un morceau d'univers virtuel et une touche de sciences physiques, avec un nuage de particules évidemment. 

Crédits image : SteveBaker

Tout part d'un constat d'ignorance : jusqu'à présent, j'ignorais qu'on en savait aussi peu sur les nuages. C'est un épisode du podcast Sixième Science qui me l'apprend, en me présentant un laboratoire auvergnat qui étudie toute l'année la formation et la composition des nuages au-dessus du Puy de Dôme. 

 


Je découvre alors qu'un nuage est composé d'une infinité d'éléments hérités de la terre ferme, y compris des bactéries et des champignons. En somme, un nuage est un ensemble de particules

 


 

Je repense alors à ce collègue, à l'époque de mon stage à Jimundi, qui travaillait à la réalisation d'un module génératif de nuages pour le jeu vidéo. Il m'avait expliqué que les studios de création seraient prêts à acheter ce module pour s'épargner de longues journées de travail dédiées à une simple plus-value esthétique, sans intérêt narratif. 

En reproduisant virtuellement les nuages, aurait-il pu aider les scientifiques du Puy de Dôme à mieux les connaître ? 

Une autre histoire me revient à l'esprit : celle des disparus du col Dyatlov, que Fabrice Drouelle a chroniqué dans Affaires sensibles. En 1959, neuf étudiants russes en expédition d'alpinisme trouvent la mort dans des conditions inexpliquées, qui alimenteront des rumeurs diverses et loufoques (armes secrètes militaires, ovnis, tribus cannibales - parmi les principales).

 

© Disney

 

C'est après avoir visionné La Reine des Neiges (2013) que Johan Gaume - directeur du Snow Avalanche Simulation Laboratory de l’EPFL - explorera l'hypothèse de la catastrophe naturelle en misant sur la force dévastatrice de l'avalanche. 

Après s’être rendu à Hollywood pour rencontrer le spécialiste qui avait travaillé sur les effets spéciaux de la neige du film, Johan Gaume modifia le code d’animation de la neige pour ses modèles de simulation d’avalanche avec un objectif bien moins divertissant : simuler l’impact de ces coulées de neige sur le corps humain.

- extrait de cet article de Robin George Andrews, dans National Geographic 

On pense que les simulateurs et autres applications ludiques (cinéma, jeu vidéo, installation interactive, parc d'attraction...) s'appuient sur des mécaniques physiques connues pour leur production ; et si c'était l'inverse ? 

Les industries culturelles et créatives seraient-elles des bastions avancés de nos connaissances scientifiques ?

Je ne parle pas ici d'une mise au service de l'intelligence collective au profit de la science, qui fera l'objet d'un autre article. 

Je questionne plutôt la relation étroite entre le réel et sa reproduction à l'identique, cette reproduction devenant une forme de connaissance du monde. On sait que l'imitation (de l'autre) est indispensable pour apprendre. Avec Jean-François Mattéi, je découvre que l'imitation du réel par le virtuel pourrait bien avoir été anticipée par Platon lui-même.

 


En effet, les polygones utilisés comme matériau de base dans la conception 3D font directement référence aux cinq solides platoniciens qui, d'après le philosophe, composent les modèles mathématiques du Cosmos. Parmi eux, l'icosaèdre prisé par Ariane Cassimiro dans Kinexpérience (une expérience de danse en réalité virtuelle) et le dodécaèdre qui aurait pour fonction de représenter le monde visible.

Ainsi le format de fichier STL se décline parfois en "Standard Triangle Language" en référence au triangle, et la théière Utah, modèle 3D standard devenue culte, a été élevée par James Arvo et David Kirk au rang des solides platoniciens : 

 


- (lien de l'image) ACM Computer Graphics, Volume 21, Number 4, page 63 

D'après Mattéi, la réalité virtuelle agence des triangles élémentaires de taille quasi atomique :

On aboutit à la réalisation d'un monde virtuel de même complexité que le réel [...] Les atomes y sont des triangles, et non des protons, des électrons et des neutrons, de sorte que l'on passe du domaine microscopique discontinu au domaine macroscopique continu, sous une présentation lisse, par un changement d'échelle comme dans la réalité psychique ordinaire. 

- dans La puissance du simulacre (p.161) 

Est-ce à dire que tout artiste numérique fait figure de chercheur ? En extrudant l'image d'un avion, l'artiste et animateur 3D Nikita Diakur permettra-t-il de résoudre une obscure affaire ?  

 

 

Lorsque Cory Arcangel isole les nuages de Super Mario, donne-t-il matière à penser à nos scientifiques du Puy de Dôme ? 

 


Cette hypothèse éclairerait d'une lumière nouvelle les récentes déclarations du Président de la République. Ce mardi 12 octobre 2021 était dévoilé le plan France 2030 qui vise à développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir. Parmi les principaux axes, la culture : 

Placer la France à nouveau en tête de la production des contenus culturels et créatifs

La réalité virtuelle et immersive comme nouveau visage de la recherche ? Je me demande ce qu'en penserait Platon.

 

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