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Sous l'Equateur, retournement de situation

A l'étranger, on ressent les différences culturelles par un ensemble de petits détails : la manière de se saluer, la forme et le voltage des prises électriques mais aussi... l'application utilisée par nos interlocuteurs pour communiquer. 

 


Au Brésil, les forfaits téléphoniques ont longtemps favorisé l'utilisation des données mobiles (data) au détriment des SMS et appels téléphoniques. En effet, des surcoûts incombent à l'utilisateur lorsqu'il change d’État, parfois même de ville.

En conséquence, les Brésiliens utilisent majoritairement Internet pour leurs communications et en particulier une application : Whatsapp.

Parmi les fonctionnalités de Whatsapp, on trouve bien sûr la conversation instantanée, la création de groupes de discussion, le partage de photos et documents mais aussi... l'enregistrement de fichiers audio !

Et là... apparaît un nouvel usage, à ma connaissance complètement inusité en France : la discussion par message vocal interposé.





Qu'il s'agisse d'un rapide coucou de famille ou d'indications pour un projet professionnel, les Brésiliens nous vantent les avantages de ce type d'échange : rapidité du partage d'information, rapidité de sa prise de connaissance et mise à disposition permanente du fichier, au cas où l'on souhaite réécouter un passage.

Si tu n'as pas Whatsapp ici, c'est un peu mal vu. Je ne vais jamais te contacter autrement.

On remarque alors dans la rue des nouveaux comportements. Ici, pas de kit mains libres : pas besoin d'entendre et de parler en même temps. Le téléphone se tient près de l'oreille ou près de la bouche, selon qu'on écoute un message ou qu'on en laisse un.

On parle donc toujours tout seul dans la rue, mais sur des séquences plus courtes, juste le temps de maintenir enfoncé le bouton d'enregistrement.




Les données d'utilisateurs, datant ici de 2013, montrent comment les rapports de force peuvent s'inverser entre applications de messagerie, selon les pays et les codes culturels.

Et comment, en voyage, on apprend à la fois une nouvelle langue et une nouvelle manière de communiquer.

[MàJ mars 2020]

Ce constat qu'on utilise différemment les outils numériques d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre, Frédéric Martel en parle particulièrement bien dans son livre Smart, Enquête sur les internets (éditions Stock, avril 2014).

Il y développe la thèse selon laquelle il faudrait employer le terme "les internets" au pluriel pour décrire la diversité et la territorialité d'internet.

La révolution numérique apparaît, au contraire, comme une territorialisation et une fragmentation : internet, c'est un "territoire". [...] je ne parle pas nécessairement d'un espace géographique délimité [...] Un territoire n'est pas forcément national, il peut prendre la forme d'un espace physique donné mais il peut être aussi un espace abstrait, celui d'une communauté ou d'une langue.
 - extrait du livre de Frédéric Martel, p. 365

Depuis la rédaction de cet article, Whatsapp a été largement adopté en France, y compris dans sa fonctionnalité d'enregistrement vocal. Toutefois, l'usage de cette application n'est pas exactement semblable à celui que j'avais observé au Brésil, en 2017 : les discussions de groupe sont dédiées à un environnement familial, et très peu, à ma connaissance, à des contacts professionnels. 

Les Brésiliens, depuis, ont-ils eux aussi changé leurs pratiques ?

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