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Vers la congruence entre réel et virtuel

Certaines petites attentions peuvent renforcer notre expérience en réalité virtuelle. Voici trois exemples vécus aux Chroniques des imaginaires numériques.





Organisées à thecamp (photo ci-dessus), les rencontres professionnelles de la biennale Chroniques ont rassemblé à Aix-en-Provence pendant deux jours des professionnels de tous horizons.

Au programme, des conférences et des soirées, mais aussi un cabinet de curiosités et expériences immersives qui offrait l'accès à des projets divers, pour la plupart utilisant les technologies de réalité virtuelle.

Parmi ces différentes expériences, j'ai été particulièrement touchée par trois détails qui ont brouillé les frontières entre réel et virtuel. J'emploie ainsi le terme de congruence pour qualifier le fait de coïncider, d'adapter parfaitement l'expérience virtuelle à ma situation réelle.

Légitimer la manette dans Demi-Pointe


Parmi les courts métrages présentés par les étudiants de l'UE Interactivité SATIS de l'université Aix-Marseille, Demi-Pointe réalisé par Nicolas Travaux et Thibault Dieterlen nous plonge dans la peau d'Andrei, un chorégraphe qui ne parvient pas à choisir entre deux danseuses.




A l'installation du casque de réalité virtuelle, on m'équipe d'une télécommande standard, comme celle ci-dessous :




La médiatrice me précise alors que je verrais apparaître en lieu et place de cette manette un Smartphone qui me permettra de faire mes choix dans l'histoire interactive. (Je n'ai pas d'image du Smartphone tel qu'il apparaît dans le court métrage en réalité virtuelle).

Alors que la réalité virtuelle exige une adaptation parfois complexe de nos gestes et interactions, j'ai trouvé cette astuce particulièrement réussie. Quoi de plus normal en effet que de tenir son Smartphone dans la main ?



Les explications ci-dessus sur l'utilisation des manettes pour dessiner proviennent de cet article de Fernando Serrano.

Cette pirouette scénaristique remplace, à mon sens, de nombreuses tentatives de tutoriels et autres expérimentations troublantes sur le rapport à notre propre corps virtualisé. Elle donne du sens au fait de tenir quelque chose.

D'ailleurs, dans le spectacle Ergonomics programmé à la biennale Chroniques, la chorégraphe Rocio Berenguer moque notre fusion avec ce téléphone-doudou utilisé comme objet transitionnel vers un (pseudo) progrès corporel - le Body Smart.



Délimiter mon champ d'action dans Hold On

En réalité virtuelle, notre périmètre de déplacement est limité. Une grille apparaît par défaut avant le chargement d'un film ou d'une application. Pendant notre expérience, nous gardons en tête ce risque de nous heurter à la grille, c'est-à-dire de rencontrer des obstacles tangibles (personnes, mobilier, murs...).

Le court-métrage Hold On, réalisé par Corinne Linder (cie Fheel Concepts), raconte la peur du risque pour les artistes circassiens lorsqu'ils se trouvent à plusieurs mètres au-dessus du sol. Nous voyons dans le film des artistes grimper au tissu et à la corde.


(c) Fheel Concepts
(c) Fheel Concepts - préparation du tournage à 360°

Le visionnage de Hold On se déroule en groupe d'une dizaine de personnes : chacun est guidé vers un fauteuil et équipé d'un casque de réalité virtuelle. Une fois le groupe harnaché, la médiatrice lance simultanément le court-métrage sur tous les appareils grâce à une solution de synchronisation. L'effet est particulièrement saisissant pour un observateur extérieur qui verra les participants réagir en même temps aux mêmes stimuli virtuels.




Ce qui m'a particulièrement intéressée dans l'expérience présentée à Chroniques, c'est la valeur ajoutée de Corinne Linder dans l'agencement de la salle - disons le mot : dans la scénographie de la salle.

En effet, des cordes de cirque au sol délimitaient l'espace personnel en réalité virtuelle de chaque utilisateur. Cette idée lumineuse nous donne un retour (feedback) immédiat lors de notre expérience avec le casque : il suffit de tendre le pied pour nous repérer dans l'espace réel.



Le projet de Corinne Linder est d'aller plus loin dans les interactions réel / virtuel. Suivez les actualités de son court-métrage The Ordinary Circus Girl.

Accompagner le retour au réel dans The Rain

The Rain (La Pluie) est un court métrage de quelques minutes réalisé par Heewon Lee. La réalité virtuelle est ici choisie pour "partager la vision d'un spectre". Sur fond de voix off, des vues aériennes nous guident dans un paysage sombre et saisissant.




L'expérience du film est particulièrement intense et intime car le récit est porté par les témoignages des femmes exploitées sexuellement par le Japon en temps de guerre.

Alors que le film prend fin et que le générique s'achève, le casque de réalité virtuelle que nous portons sur la tête nous amène doucement dans un salon de style asiatique, coloré et apaisant.



On croirait à une continuité de The Rain, mais non : il s'agit d'un environnement pré-enregistré dans le service de lecture vidéo officiel d'Oculus.

The official video app from Oculus is your personal movie theater in VR. [...] Choose where to watch in VR, from a home theater to the surface of the moon!



Lorsqu'un film 2D est joué dans l'application, il est intégré dans une surface plane, comme sur un écran. Quel intérêt de projeter pour soi-même un film qu'on pourrait visionner sur sa télévision, son ordinateur ou son vidéoprojecteur ? Probablement pour inviter d'autres personnes connectées, comme le présage Mark Zuckerberg avec sa stratégie de rachat d'Oculus et son projet Social VR.



Sans partager l'expérience de The Rain avec mes amis Facebook, l'application Oculus Vidéo m'aura tout de même mise en connexion avec le réel, avant d'abandonner mon équipement virtuel.

Toutes les expériences immersives présentées à la biennale Chroniques des imaginaires numériques sont listées sur cette page web. Vous pouvez les retrouver dans d'autres événements, festivals et salons amis de la VR.

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