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Renouveler le cadre

L'affirmation d'un nouveau dispositif technologique comme la réalité virtuelle offre aux réalisateurs des opportunités créatives : trois exemples issus de la programmation du festival international du film d'animation d'Annecy.

 

 

VR@Annecy

La réalité virtuelle (VR pour virtual reality) est en pleine expansion. Après une première phase de rodage technologique, des productions ambitieuses et réellement créatives commencent à voir le jour (pour n'en citer qu'une : Battlescar du studio lyonnais fauns).

En conséquence, la VR taille sa place dans les festivals de cinéma, y compris à Cannes, trouvant son public et cherchant encore son dispositif.
La réalité virtuelle, présentée dans les programmes spéciaux lors d’Annecy 2016, fait désormais partie de la sélection officielle avec une catégorie dédiée : VR@ANNECY.

A quoi ressemble une séance de réalité virtuelle ? Basiquement, à une salle d'attente. On prend un ticket et on attend (longtemps) d'être appelé pour avoir la chance de visionner un film d'une durée relativement courte (entre 3 et 20 minutes).





La particularité de la réalité virtuelle est le sentiment d'immersion qu'elle procure au spectateur, notamment par son engagement physique.

La réalité virtuelle reproduit donc artificiellement une expérience sensorielle [...]
- source : article Wikipédia

Debout ou assis sur une chaise pivotante, le spectateur peut se tourner et se retourner à loisir pour observer une scène sous toutes ses coutures.

Pourtant, davantage que l'immersion sensorielle, il me semble que c'est le point de vue à 360° qui contamine parfois d'autres œuvres, permettant ainsi aux réalisateurs de renouveler un langage audiovisuel lors d'une projection classique, sans perdre le dispositif efficace d'une salle de cinéma.





Voici trois courts métrages issus de la sélection officielle du festival d'Annecy (édition 2018). Ces films ont en commun la sollicitation d'une image à 360° dans un format de projection classique - un écran, un public. Le traitement de cette image est radicalement différent d'un film à l'autre.

A Fly in the Restaurant
(Xi CHEN, Xu AN - Chine - 2018 - 06 min 20 s)

 



(Je n'ai pas trouvé ce film en ligne, si vous avez le lien merci de me l'indiquer en commentaire.)
Dans un restaurant en Chine, les serveurs essaient d'écraser les mouches, pendant que des clients sont à table.

On entend les mouches voler dans ce restaurant. Sommes-nous devenus nous aussi une mouche collée au plafond ? Le court métrage est un plan-séquence au mouvement rotatif dont la constance ne sera dérangée ni par les gesticulations du serveur, ni par les activités de ses clients, encore moins par les manifestations extérieures.

Revolution is not a Dinner Party.

C'est l'inscription qu'on peut lire sur les murs de la salle tandis que l'on se projette dans chacun des personnages attablés ou marchant dans la rue, essayant de tirer des conclusions, de cerner leurs profils, d'imaginer leur vie.

Le restaurant agit comme zone tampon entre un intérieur gris et un extérieur rougeoyant. Seuls éléments perturbateurs : la fameuse mouche (fil narratif) et un enfant qui s'aventure au-dehors.

La caméra (ou notre point de vue) effectue trois tours entiers : c'est ce mouvement qui fait de ce film une vraie réussite tant il joue sur nos attentes et notre surprise. La rotation automatique ne nous laisse pas le choix de nous attarder, elle nous impose son rythme, comme une visite guidée (je repense aux paramètres de rotation automatique qui sont proposés dans les visites virtuelles).

Ce court métrage répond à sa manière aux problématiques actuelles de la scénarisation en 360°. Comment faire pour que le spectateur regarde au bon endroit, au bon moment ? Comment attirer son regard ? Ici, la mouche est le prétexte idéal.


Everything
(David O'REILLY - Etats-Unis - 2017 - 10 mn 41 s)

 





Une expérience interactive ouverte et un jeu de réalité virtuelle transformés en court métrage commenté par le philosophe britannique Alan Watts.

C'est le point de vue du joueur qu'on adopte dans ce court métrage à la tonalité léthargique. Manipulant les éléments de l'univers (-jeu), le spectateur se retrouve en position de testeur.

C'est aussi une forme de tutoriel qui lui montre, sous couvert d'une narration philosophique, quelles sont les interactions possibles, définissant ainsi ses objectifs de futur joueur.

Créer un monde virtuel permet de gérer totalement les divers paramètres physiques que l’on souhaite y appliquer et donc de visualiser si les lois que les scientifiques découvrent sont bien applicables à la réalité en comparant les expériences réelles et celles effectuées dans un logiciel.
- source : article Wikipédia

Je trouve la genèse de ce court métrage particulièrement intéressante. Qui du jeu ou du film a surgi en premier ? Pour moi, le film - me faisant découvrir la possibilité du jeu. La voix off d'Alan Watts donne toute sa crédibilité à une création qui se retrouve être, au final, davantage promotionnelle qu'artistique. Peu importe, ça fonctionne.

Fest
(Nikita DIAKUR - Allemagne - 2018 - 02 mn 55 s)

 




Des marionnettes à fils font la fête, mangent, volent.

Retour aux basiques de l'animation avec Nikita Diakur. Cette fois, les marionettes ne sont pas en pâte à modeler mais en charmantes images de synthèse. Polygones et raccourcis de commande sont de la partie.

Le point de vue ici n'est pas tant celui du jeu vidéo ni de la simulation, ce serait plutôt la position de l'artiste, du créateur en train de créer, une sorte de work in progress à l'image de la vidéo Ugly Walkcycle que Nikita Diakur publie sur Youtube :



C'est d'ailleurs l'une des promesses de VR@Annecy avec le Behind the Scenes de L'île aux chiens (Wes Anderson) : un film en réalité virtuelle qui nous permet de repérer l'équipe de tournage à tout moment.

Alors que Ugly Walkcycle est mis en scène à la manière d'un making-of, Fest adopte l'immersion à 360° comme un paramètre de création qui nous fait perdre nos repères. Jusqu'au plongeon final.


En adoptant la vue à 360° comme composante de la narration, ces trois courts métrages imposent une écriture résolument contemporaine qui s'inspire des avancées en matière d'immersion pour rafraîchir (F5) le cinéma d'animation.

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