Accéder au contenu principal

Le lab : un espace à décliner

Lundi 13 novembre a eu lieu l'inauguration du labo NRV (Numérique Réalités Virtualités) : un espace dédié à l'art et au numérique. L'occasion de revenir sur le concept du lab à travers plusieurs exemples.

 


Tiers lieu

Le lab fait-il partie de la grande famille des tiers lieux ?

Un article du cabinet de recrutement Elaee aborde le sujet frontalement afin d'y voir un peu plus clair.
D’un point de vue sociologique, les Tiers Lieux sont des espaces où les individus peuvent se rencontrer pour se réunir et échanger de façon informelle.
Sur le principe du ni..., ni... le tiers-lieu doit être un espace à part - et le rester. D'où la nécessité de maintenir une organisation du travail et de la vie privée comme deux polarités opposées contre lesquelles le tiers lieu prend appui pour rester en suspens.
[...] les Tiers Lieux ont en commun la volonté de dépasser les modèles existants, de prototyper, de partager … pour innover.
Le tiers lieu se place toujours en opposition à d'autres modèles : ceux qui n'innovent pas, qui ne recherchent pas de solution nouvelle. Le tiers lieu est donc un espace en devenir (en puissance), quelque chose qui n'est pas figé car sa fixation induirait un modèle de fonctionnement stable. Même si des chartes, normes et règles peuvent guider son quotidien, sa forme reste ouverte.
les Tiers Lieux se sont structurés suivant 2 échelles de valeur [...] Le premier curseur [...] allant de l’enjeu sociétal vers un enjeu économique et entrepreneurial. Le second curseur [...] de l’enjeu collectif vers un enjeu marchand.
Il existe tellement de formes du tiers lieu qu'il est aujourd'hui possible de les organiser, de les classer suivant ces échelles de valeur : l'agence Prima Terra en propose une cartographie sous l'appellation "espaces hybrides".


Version 1

Version 2

Parmi cette constellation, le lab apparaît lui-même sous différentes formes. Il s'agit simplement de choisir son préfixe : art-, media-, fab-, info-, bio-, etc.

Un artlab : labo NRV

Un laboratoire artistique consacré aux cultures numériques [...] une plateforme où se rencontrent la création, la recherche, la formation et la production.




C'est ce qu'on peut lire sur le site web du labo NRV, un projet co-piloté par l'ENSBA et Les Subsistances. Depuis plusieurs mois, je travaille au développement de ce lieu dans l'intégration plus générale du numérique dans la création artistique, la médiation et l'événementiel aux Subsistances.




Le terme "artlab" définit le périmètre d'intervention de notre équipe : nous accueillons des projets dont la finalité est la création artistique.

L'équipement matériel et mobilier du labo NRV est également pensé pour ouvrir le champ des possibles et inspirer les artistes. Réalité virtuelle, génération et traitement de l'image ou du son, machines à commande numérique : les acquisitions sont validées en fonction de la demande.

Entre le moment de la conception et les usages réels, l'optimisation de l'espace a déjà connu de multiples rebondissements !



Il est également possible qu'une technologie soit mise à disposition au labo NRV sans présumer de son utilisation dans un cadre artistique - par exemple une caméra à 360° qui permettra à une chorégraphe d'appréhender l'écriture interactive pour la danse.


Au labo NRV se croisent des étudiants et enseignants en art, des artistes confirmés ou de jeunes compagnies, des professionnels du numérique et des ados qui viennent programmer des theremin.

Un fablab social : PERCO

  • BAC+5 en sciences humaines et sociales
  • connaissances diverses en animation de site, en innovation sociale et en méthodologies de recherche
  • gestion des projets complexes
  • et bien sûr un véhicule pour être autonome dans le département !
Le poste trouve preneur en la personne de Mélanie qui vient de terminer une thèse professionnelle sur la gestion participative de l’eau et qui est formée aux méthodes d’animation de groupes et de créativité.

Le printemps annonce l'ouverture de ce nouveau type de fablab.

Le premier Fablab universitaire sans machine!



Parmi les activités proposées par le PERCO, on trouve l'innovation pédagogique : par exemple expérimenter la classe inversée, les MOOCs ou les ateliers participatifs.

Cette offre le rapproche du learning lab et de son réseau qui développe une nouvelle culture pédagogique.
Les Labs pédagogiques offrent de nouvelles expériences d’apprentissage [...] entre un professeur, un groupe d’élève, une discipline et un lieu
Au sujet des labs pédagogiques, je vous renvoie vers cet article de Thot Cursus qui retrace leur histoire, leurs contraintes et leurs projets.

Un fablab du patrimoine : la Maison du Chamarier

En avril 2015, la Ville de Lyon lance un appel à candidatures pour restaurer et réinventer la Maison du Chamarier, un lieu emblématique du patrimoine local.




La surface de 1000m2 est complètement ouverte pour toute proposition ! Son histoire, toutefois, oriente les réponses : entre lieu de résidence et lieu de réception, la Maison du Chamarier était un repère incontournable du Vieux Lyon dès le XVIème siècle.


Aquarelle de Charlène Azé pour RL & A


L'accès du public à la cour intérieure était l'une des contraintes du projet : elle sera respectée par le biais d'un fablab dédié au patrimoine.

le fab lab accueillera les lyonnais et touristes pour une expérience interactive originale : découvrir le Vieux-Lyon grâce aux nouvelles technologies
C'est un groupement d'institutions qui se lance dans cet investissement estimé à 6 millions d'euros pour une ouverture fin 2019.

La partie animation du fablab est confiée... au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) dont les missions comprennent la diffusion de la culture scientifique et technique.

Un programme de recherche : Open Bee Lab

Impossible de parler des labs sans mentionner le laboratoire de recherche, ce cousin du living lab qui est l'environnement cadre des chercheurs.

En poussant un peu la lecture, on devine que nous nous sommes éloignés des tiers lieux dont la pluridisciplinarité est l'une des conditions de réussite.

Un problème du recrutement est que les laboratoires ont tendance à chercher à recruter les gens qu'elles ont formés, ce qui limite le brassage des idées.
Toutefois certaines initiatives se placent dans l'entre-deux, comme Open Bee Lab un programme de recherches libres et open-source autour des abeilles.



Il est stimulant de constater que ce regroupement de spécialistes utilise les outils qui favorisent la collaboration :
  • une liste de tâches ouverte
  • un canal de discussion
  • un wiki pour la documentation
  • un GitHub pour le partage du code source




En mode lab

Ce court inventaire à la Prévert nous donne l'occasion de toucher du doigt l'essence même du lab comme espace de liberté.

Dans cet excellent article de Thot Cursus, on nous rappelle plusieurs fondamentaux :
  • le rapport à la distance - est-ce anodin que la labo NRV se situe précisément au centre du site des Subsistances, tout en étant en-dehors de son activité "normale" ?
  • le rapport au temps - marqué par du long terme, peu enclin aux urgences mais structuré par des phases d'itération, de sprint et de restitution (l'équipe d'Erasme l'a décrit en complémentarité avec le mix)
  • la diversité des profils

Je m'arrêterai sur ce point.

Les compétences relationnelles sont aussi importantes que les compétences techniques.

Pour moi, le lab est avant tout défini par son équipe. Oui il y a un projet, une ambition, une méthode, des moyens, un public - mais avant tout une équipe d'animation et de gestion du lieu qui va rendre tout cela possible en donnant envie de passer du temps au lab.

Du point de vue de cette équipe d'animation, la relation au binôme (pairing) est primordiale. J'ai déjà cité cet article qui décrit les nouvelles options de répartition du temps de travail entre un collègue au profil similaire ou complémentaire.


Trello : l'outil idéal pour la gestion de projet en équipe


Il est indispensable, pour l'animation d'un lab, de pouvoir compter sur quelqu'un d'autre pour tester ses idées, encourager, stimuler, prendre le relais. Une personne qui dispose d'autres compétences, d'autres sensibilités, d'autres expériences mais qui demeure un pair.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Pokémon réenchante le monde

20 ans après la création de la franchise, Pokémon lance son jeu sur mobile en réalité augmentée : Pokémon Go. Le principe ? Au lieu de balader votre personnage dans un univers virtuel, vous êtes le personnage à balader dans le monde réel. Des Pokémon se cachent à tous les coins de rue ; votre espace se densifie.

Invitation à sortir C'est d'abord un monde beau : vert, pastel, plane, on a envie de le parcourir.

Tous mes déplacements par principe figurent dans un coin de mon paysage, sont reportés sur la carte du visible. Tout ce que je vois par principe est à ma portée, au moins à la portée de mon regard, relevé sur la carte du "je peux". Chacun des deux cartes est complète. Le monde visible et celui de mes projets moteurs sont des parties totales du même Etre. Merleau-Ponty, L'Oeil et l'Esprit




C'est ensuite un monde jalonné, donc rassurant : de nombreux points parsèment les routes et intersections comme autant de promesses. Ces points - appelés PokéStops d…

Pour une documentation de la compassion

Je voudrais avancer l'hypothèse d'un facteur humain intervenant dans une interaction homme / machine, et qui s'appellerait la compassion. Cette hypothèse expliquerait pourquoi, en dépit de la plus mauvaise interface qui puisse exister, un utilisateur parviendra toujours à ses fins, à condition qu'il soit en contact direct avec le créateur du dispositif.
Cet article est d'abord été pensé en réaction à celui de Kevin Vennitti, intitulé : Etude de cas UX, du templating à la documentation technique. Les titres de mes parties sont des citations directes.

Comme Kevin, j'ai travaillé sur le projet Ludomuse : un moteur open-source partagé à terme entre plusieurs musées et dont la singularité technique repose sur la connexion en WiFi direct de deux appareils mobiles qui permet de jouer en binôme.

Pour en savoir plus sur Ludomuse, lire cet article sur le site d'Erasme

Canaliser davantage la patience de l'utilisateur En intervenant au musée Cernuschi à Paris puis …

Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre

Dans sa conférence How we live and how we might live, donnée entre 1877 et 1884 en Angleterre, William Morris propose une nouvelle forme d'organisation du travail : fondée sur la seule nécessité, elle laisse place au développement personnel de l'individu qui peut alors s'exprimer dans la pratique d'un art(isanat). Ses exhortations résonnent aujourd'hui avec des sonorités nouvelles.



Les extraits suivants sont tirés de l'édition Payot & Rivages, Rivages poche - Petite Bibliothèque, 2013.
L'intégralité du texte est à lire sur Wikisource.

La maîtrise des forces William Morris écrit :
Aux premiers temps de l'humanité, l'homme était esclave de ses nécessités immédiates. La Nature était puissante, et il était faible. [...] Le temps passa et, petit à petit, pas à pas, il gagna en force [...] On pourrait croire, par conséquent qu'il peut maintenant se consacrer à la poursuite de ses idéaux plutôt qu'à la poursuite du prochain repas. Hélas ! [...…