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Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre

Dans sa conférence How we live and how we might live, donnée entre 1877 et 1884 en Angleterre, William Morris propose une nouvelle forme d'organisation du travail : fondée sur la seule nécessité, elle laisse place au développement personnel de l'individu qui peut alors s'exprimer dans la pratique d'un art(isanat). Ses exhortations résonnent aujourd'hui avec des sonorités nouvelles.


Villemard, 1910 - vignette partagée sur Twitter par Camille Poirier, d'après Gallica BnF



Les extraits suivants sont tirés de l'édition Payot & Rivages, Rivages poche - Petite Bibliothèque, 2013.
L'intégralité du texte est à lire sur Wikisource.

La maîtrise des forces

William Morris écrit :
Aux premiers temps de l'humanité, l'homme était esclave de ses nécessités immédiates. La Nature était puissante, et il était faible. [...] Le temps passa et, petit à petit, pas à pas, il gagna en force [...] On pourrait croire, par conséquent qu'il peut maintenant se consacrer à la poursuite de ses idéaux plutôt qu'à la poursuite du prochain repas. Hélas ! [...] il lui reste encore à se conquérir lui-même, il lui reste à trouver comment utiliser ces forces dont il a la maîtrise. (p. 38-39)

Ce constat fait écho en moi aux inquiétudes sociales actuelles vis-à-vis des robots, notamment par rapport à la perte d'emploi induite par la robotisation des tâches.

Dans un entretien donné au Temps le 2 janvier 2017, le philosophe Raphaël Liogier tient des propos étrangement proches de ceux de William Morris :

Dans le mode de production de l’époque [XVIIIe siècle], l’idée que personne ne travaille pour produire ce dont la société avait besoin était toutefois impossible. Aujourd’hui, ce rêve d’une citoyenneté universelle devient possible, grâce notamment à l’automatisation. Le problème, c’est qu’entre-temps on s’est habitués à confondre les moyens et les fins, prenant l’emploi pour une valeur en soi.[...] Le robot qui fait le travail à notre place nous dé-robotise, nous rendant disponibles pour des tâches plus désirables, dans lesquelles on va s’investir plus profondément et de manière plus efficace. [...] Les humains pourraient satisfaire leur désir de se distinguer à travers d’autres activités qui profiteraient à la société: du travail humanitaire, des inventions, de la création artistique, de l’investissement civique…
C'est justement l'idée de William Morris : libre de son temps, l'individu peut développer ses intérêts et s'investir.


Roboticum par Yves Moreaux à la Fête des Lumières 2016

Développer mon esprit

William Morris, à nouveau :

Je revendique l'éducation [...] générale : que l'on me donne la chance de toucher à toutes les connaissances de ce monde, historiques ou scientifiques, guidé par mes seules aptitudes et mes seules inclinaisons ; que l'on me donne aussi la chance d'apprendre tous les savoir-faire manuels de ce monde, qu'ils soient artisanaux ou artistiques, peinture, sculpture, musique, l'interprétation théâtrale ou autre. Je veux que l'on m'enseigne, si tel est mon plaisir, plus d'un métier par lequel je peux contribuer au bien-être de la collectivité. (p.44-45)

Comment qualifier aujourd'hui notre accès aux innombrables ressources disponibles ? Les volumes et les moyens d'accès sont vertigineux :
  • MOOC et autres plateformes d'apprentissage,
  • encyclopédies collaboratives comme Wikipédia,
  • labs et tiers-lieux collaboratifs (voir la carte de Makery),
  • mise à disposition de milliers d'images, de milliers d'heures d'écoute de musique, sans parler du streaming,
  • sans oublier bien sûr les bibliothèques, médiathèques, structures culturelles et scientifiques qui transmettent chaque jour toutes les connaissances de ce monde !
Les champs d'application de nos compétences multiples s'entrouvrent seulement : ainsi je découvrais récemment dans un article d'Elaee la notion de travail partagé. En séparant un poste à plein temps en deux postes à mi-temps, on diversifie son expérience en tant que salarié tout en apprenant à travailler avec son coéquipier, qu'il soit complémentaire (job splitting) ou similaire à notre profil (job pairing).

Illustration d'Emdé pour Museomix 2013

Revendiquer la possibilité de travailler

William Morris, enfin :
Ma dernière revendication est de pouvoir travailler dans des lieux, usines ou ateliers, tout aussi agréables que les champs où se fait le plus important de tous les travaux. [...] le milieu où je vis devrait être agréable, généreux et harmonieux.
Et de blâmer la quête de profits qui fait s'entasser les citoyens
dans des quartiers où l'on ne trouve ni jardins, ni espace.
Sur ce point, peut-être le plus avancé dans notre société (du moins dans la prise de conscience d'un besoin végétal), citons les jardins partagés et l'introduction de l'aquaponie dans les bureaux.

Un environnement de travail sain semble indispensable :


Pour conclure, William Morris résume son propos en quatre revendications : la santé, l'éducation, des occupations dignes d'un corps sain et d'un esprit actif, de la beauté dans les lieux où nous vivons. C'est tout ce que j'aimerais vous souhaiter pour 2017.


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