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Comment indexer la valeur

La documentation est devenue le livrable ordinaire d'une intervention, d'un atelier ou d'un projet. Au-delà de la simple production de contenus, on cherche à expliquer le comment : comment cette idée a-t-elle émergé, comment a-t-elle été mise en oeuvre, avec quelle méthodologie, selon quelles contraintes... Une intuition, vague mais tenace, nous souffle que quelqu'un d'autre pourrait en avoir besoin.

Mais à quel moment les envies de production de l'un vont-elles servir les besoins de recherche de l'autre ? 


photographie de Monique Jacot

La valeur d'un seul

Commençons par Slide Share. Choisissons n'importe quelle présentation au hasard. Parcourons-la. Avons-nous toutes les informations en main pour accéder à ce contenu, c'est-à-dire le comprendre vraiment ? De toute évidence, non. 

Il nous manque des informations de contexte : dans quel cadre l'émetteur l'a-t-il présenté ? Avec quelles contraintes ? Au-delà de ça, comment cette production s'inscrit-elle dans son parcours professionnel ? Dans sa réflexion personnelle ? 

En l'occurrence, l'émetteur n'a partagé ni sa personnalité, ni sa vision, ni son approche. Il a tout au plus diffusé certaines connaissances, certains chiffres ou punchlines. La manière dont il anime ces connaissances, ces chiffres et ces punchlines représente son fonds de commerce et son expertise professionnelle : c'est pourquoi, d'ailleurs, des supports de formations ne représentent quasiment rien de ce qui est réellement transmis par un formateur (au diable donc la réclame des PowerPoint !).

La valeur d'une documentation sur Slide Share ne profite qu'au seul émetteur : il utilise cette documentation pour valoriser son intervention, donner un peu de corps à son profil LinkedIn (qui a racheté le service en 2012), rallonger la liste de ses références professionnelles. 

De mon côté, je ne peux en retirer que peu de valeur : tout au plus un lien vers une référence qui m'intéresse ou une information utile pour ma veille concurrentielle.




La valeur d'une équipe

Dans Museomix, chaque équipe doit documenter son travail : c'est un livrable qui fait partie des règles du jeu. Pendant trois jours, elle enregistre non seulement les informations techniques (froides) mais aussi son avancée, sa progression collective. 

Le contexte est donné, l'intention est verbalisée :
Rendre les œuvres plus accessibles. Rendre le musée et son expérience plus personnels. Faire découvrir les individus qui permettent que le musée fonctionne. 
Extrait de la fiche des Ouvre Boîtes, Montréal, 2015

La plupart du temps, les fiches de documentation des équipes sont exhaustives : tout est scrupuleusement renseigné, y compris les possibilités d'évolution du projet (projection sur le futur). Pour l'équipe, cette fiche a une valeur forte. En effet, son prototype sera démonté dans quelques jours, mais sa fiche restera et permettra à quelqu'un d'autre de suivre la même démarche.

Renseigner cette fiche, c'est donc gagner un peu d'éternité pour un projet. C'est aussi se rendre visible en tant qu'équipe, en tant que prototype, en tant que participant à Museomix, en tant que projet viable pour un musée. C'est s'inscrire dans l'histoire d'un événement et rejoindre à égalité les 200 prototypes déjà imaginés (et documentés) depuis le début du projet.

C'est enfin garder trace des bons moments qu'on a vécu ensemble : photos d'ambiance, private jokes, références contextuelles...

Au-delà de l'équipe, une fois que l'événement sera passé, qui sera intéressé par cette fiche ? Comment va-t-on la trouver, sans savoir qu'il s'agit de Montréal, année 2015 ? Quelle réponse les Ouvre Boîtes peuvent-ils apporter à ma recherche ?

C'est le moment de changer de point de vue.



La valeur d'une organisation

A ce niveau, nous avons besoin d'établir une grille de repères, d'adopter un processus de représentation de l'information. L'indexation que nous cherchons à suivre repose sur l'idée qu'un jour, quelqu'un aura besoin de cette fiche. 
La question qui se pose est alors : qu'est-ce qui a de la valeur dans cette fiche ? 
Ensuite : comment allons-nous chercher quelque chose ?

Pour poursuivre l'exemple du prototype Museomix, on pense immédiatement à plusieurs critères : 
  • le lieu,
  • l'année,
  • la technologie utilisée,
  • un ou plusieurs mots clés.

Or, ces critères ont tous le désagréable impératif d'être déjà pensés par le "chercheur". Je cherche une technologie qui m'intéresse ; je cherche un lieu que je connais ; je cherche l'année à laquelle j'ai participé ; je cherche un mot clé qui correspond à une idée fixe.

En travaillant sur un catalogue de prototypes (en construction en ligne ici), j'ai ressenti la nécessité d'intégrer ou de ré-intégrer d'autres critères qui nous rappellent le contexte : 
  • l'objet de la médiation,
  • le rôle du visiteur,
  • le périmètre du prototype (un objet, une salle, l'ensemble du musée)

En parcourant la base documentaire, des thèmes ont émergé naturellement : ils sont la continuité logique de l'intention initiale de l'équipe, comme si cette intention était ré-interprétée.





L'intégration des critères croisés favorise la découverte : en orientant un peu la recherche ("En quoi ça consiste de mettre le public en mouvement ?"), le visiteur est invité à suivre une orientation et à en tirer des conclusions ("Tiens, par rapport à ce thème, on retrouve souvent la même technologie").

Ce parti pris était déjà celui de la mixroom : en définissant des thématiques, on orientait en amont la production afin qu'elle soit plus accessible pour la diffusion grand public. (lire l'article dédié sur ce blog)

La valeur d'une communauté

Bien sûr on pense déjà aux nouveaux critères qui permettront à la recherche de s'affiner : par exemple, consulter toutes les productions d'un même participant et reconnaître son influence auprès de ses équipes successives.

On entre alors dans le domaine de la recommandation, de la chaîne de valeur humaine. "J'ai aimé travailler avec cette personne, je vais voir comment elle a pu travailler avec d'autres."

C'est l'objet d'un projet en cours avec une compagnie de théâtre lyonnaise qui souhaite fédérer son écosystème d'acteurs professionnels autour d'une plateforme numérique. 

En travaillant avec les futurs contributeurs dans une série d'ateliers de définition des besoins, il nous est apparu que les contenus en eux-mêmes avaient moins de valeur que la chaîne de recommandation : "j'ai aimé ceci, allez découvrir cela".




Au final, c'est donner de la visibilité aux acteurs du réseau, pour eux-mêmes, pour leur expérience et pour leur force de proposition. C'est là où nous devons prendre garde à bien régler le curseur : pour que la documentation numérique ne vienne pas grignoter le temps que nous pourrions passer à discuter ensemble et à raconter une expérience de vive voix.


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