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Le média de bas de page

Augmenter un texte : un enjeu majeur à l'heure du transmédia qui exige l'utilisation combinée de plusieurs médias pour développer des univers narratifs. Mais dans une histoire créée de toutes pièces, quelles sources aller chercher pour argumenter son texte ?

L'annotation hypertexte, cette nouvelle note de bas de page.


« Ouroboros »
Dans un entretien du 11 octobre 2006 pour VACARME, Georges Didi-Huberman développe sa pensée au sujet de la note de bas de page :
La note de bas de page, c'est, tout simplement, l'honnêteté, comme vous dites, dans la transmission du savoir [...] c'est-à-dire pour d'éventuelles divergences dans l'appréciation des sources.
Déclinons cette pensée sur trois études de cas.

Deux fois Kadath


En 2010, les éditions Mnemos publient Kadath. Le Guide de la Cité Inconnue, dans leur collection "Ourobores". Ce mot représente :
Toute oeuvre qui a pour vocation la description de lieux imaginaires tels que villes, contrées, mondes ou cosmos au moyen de textes mythologiques, descriptions scientifiques, encyclopédies, témoignages, récits, nouvelles, bestiaires, portraits de personnages, fac-similés, cartes, illustrations ou tous autres documents et représentations appropriées.
Kadath est un livre-univers. Il sert de guide au lecteur dans cette ville dangereuse et mythique, rêvée mais très peu décrite par Lovecraft dans ses nouvelles.



En 2012 paraît sur l'iBook Store la version numérique de Kadath, développé par les éditions Walrus. Sur son blog, Walrus explique que leur recherche a porté avant tout sur la manière de lire un livre numérique. En effet, si les contenus sont exactement les mêmes (textes, illustrations, chapitrage), les modes de lecture sont complètement différents entre la version papier et la version numérique.


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Dans Kadath, je lis ceci, indépendamment de la nature du support (papier ou numérique) :
[...] la note érudite a une fonction de ponctuation, de scolie et, surtout, de digression. On voit dans les notes comment une pensée se construit, comment s'effectue le montage théorique lui-même. On voit dans les notes un champ de possibilités, une arborescence sur quoi le texte lui-même, en général plus narratif, plus orienté, refuse de s'arrêter.
extrait de l'entretien avec Georges Didi-Huberman cité ci-dessus 


Une histoire dans un pays

Exercice de survie est un roman écrit par Sara Bertrand. Il est publié en 2013 par les éditions Zinnia qui se consacrent à la diffusion des littératures latino-américaines.

L'histoire de ce roman d'apprentissage se déroule au Chili. Le livre est truffé de QR codes, identifiés par des pictogrammes qui nous indiquent la typologie du média associé.
Exercice de style est un livre HYBRIDE. Un livre papier et des contenus en ligne, des flashcodes pour un nouveau mode de lecture, imagée, paysagée, musicale, recréant des atmosphères.
Pour les lecteurs disposant d'un Smartphone ou d'une tablette, la lecture est simple et ponctuée d'intermèdes de différentes natures : musicaux, poétiques, d'ambiance, etc.

Pour ceux qui ne disposent pas d'appareil mobile, un site web est accessible en ligne pour consulter les mêmes contenus augmentés.


Une manière élégante d'introduire Pablo Neruda et Violeta Parra dans un roman destiné à un lectorat adolescent, de faire visiter les quartiers de la ville et de proposer des fragments d'images pour rendre l'histoire plus réelle.




Dans Exercice de survie, je vois :
[...] la possibilité donnée au lecteur de refaire le chemin pour son compte.
 extrait de l'entretien avec Georges Didi-Huberman cité ci-dessus 


Une multitude d'histoires ou pas d'histoire

En 2013, le "projet Straka" ou S. de J.J.Abrams et Doug Dorst, paru aux éditions Michel Lafon, a fait parler de lui notamment pour le caractère tangible de ses compléments : une serviette de papier, plusieurs cartes postales, des plans et cartes de visite sont glissés entre les pages, à l'endroit où les deux personnages du livre ont annoté le récit originel dans une discussion épistolaire de bibliothèque publique.





Une limite semble ici être atteinte, à en juger d'une part par la complexité qu'exige la lecture de cette oeuvre, d'autre part par l'aveu d'impuissance de nombreux lecteurs sur le web. S'ils ne tarissent pas d'éloges sur la qualité matérielle du livre, ils ne peuvent que reconnaître leur abandon dans la compréhension de la totalité de l'histoire qu'on ne semble pas vouloir, en fin de compte, leur raconter.

Quand les sources sont créées de toutes pièces et que le lecteur n'a pas les moyens d'en trouver la version complète, soit parce que le jeu de piste est trop complexe, qu'il demande trop d'investissement, trop d'engagement, ou bien simplement parce que cette version n'existe pas, alors on se retrouve "bien embêté" :
Un texte sans notes est, en un sens, beaucoup plus autoritaire - voire moins généreux [...] qu'un texte avec des notes en bas de page.
extrait de l'entretien avec Georges Didi-Huberman cité ci-dessus 



Un bonus


Au final, inclure des notes de bas de page qui soient véritablement des informations utiles au lecteur pour faire son chemin, cela ressemble aux compléments du projet Do Not Track : une revue de web qui commence par des exercices pratiques, à mettre en application.




Le serpent Ouroboros représente un cycle d'évolution refermé sur lui-même. Est-il un moyen de rompre avec l'évolution linéaire pour accéder à un niveau d'être supérieur ? Ou bien est-il condamné à répéter sans cesse les mêmes cycles, sans espoir de libération ? Son interprétation diffère selon les civilisations et les savoirs...


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