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Versatilité de l'attention

Sur la Fête des Lumières 2014 et ses dispositifs


versatile (latin versatilis, de versare, tourner)
Qui change facilement d'opinion, qui est sujet à des volte-face subites.


Des yeux derrière la tête


La Fête des Lumières est fondamentalement photogénique ; c'est cette qualité qui permet aux téléspectateurs de la presse nationale d'en parler comme s'ils y étaient, de commenter telle ou telle installation, de donner leur avis sur le millésime.

C'est aussi l'une des explications aux centaines d'écrans mobiles brandis au-dessus des forêts de bonnets, lors d'une performance ou d'une boucle de mapping vidéo.

Cette année, l'événement mettait à mal les aficionados du trépied portatif. Il y avait des projections PARTOUT. Je ne parle pas du nombre d'installations (75+ dans toute la ville) mais du nombre d'éléments composant un seul projet. 

Le parterre de Laniakea

Entrée en scène de la façade

Jeux de résonance chromatique

Retour à l'atome


Spectacle total


En cause : la multiplication des surfaces possibles de projection. On pousse le niveau des moyens techniques pour aller chercher des façades plus lointaines, aux angles plus biscornus.

Course-poursuite des Anookis sur la façade de l'Opéra...

Prise d'élan et...

Écrasement contre la façade de l'Hôtel de Ville !

En désespoir de façade, on installe des régies éphémères qui servent à la fois de poste technique, de surface de projection et de socle de maquette monumentale.

L'installation sur la place Bellecour, intitulée Rêves de Nuit, témoigne de ce gigantisme (le terme n'est pas innocent : entre les Pockets et la veilleuse des Jacobins, nombre de dispositifs travaillent les rapports d'échelle).

De gauche à droite : des acrobates...

... trois régies, une façade et une grande roue !

Avec des déclinaisons fonctionnelles de ces extensions :

Développement de l'univers de la grande roue vers la régie

Duplication des mêmes contenus

Déplacement de l'action sur la régie avec le personnage principal

Suivez le guide

C'est bien souvent le personnage qui fait le lien entre les différentes surfaces de projection - parfois bien difficile à suivre, comme en témoigne ce spectateur qui, devant moi, filme fixement la grande roue vide, prêt à capter la réapparition de Tonio, alors que celui-ci gigote au bout d'un filin, dans notre dos.

Aux Terreaux, avec une projection simultanée sur deux façades à 90° (dont celle, immense, du musée des Beaux-Arts), le rythme est bon : on suit le déroulé comme un échange de balle au tennis.

Naissance d'un personnage qui s'étire et se déploie

Qui impulse un mouvement, une couleur, à la façade voisine

Contamination

 Un peu plus tard, une scène de tango se déplace dans le sens contraire :


Amorce sur l'Hôtel de Ville

Déclinaisons sur le musée des Beaux-Arts

Avec différentes échelles et cadrages

World-famous for 15 minutes


Arrive bientôt la conclusion suivante : on ne peut pas tout voir. 
Suivi peu après de : c'est bien pour ça que tout est multiple. 

La Fête des Lumières draine chaque année une foule incroyable et avide. Et si l'effet de multiplication ne répondait en fait qu'à un principe d'accessibilité au plus grand nombre ? 

Impossible de projeter une séquence vidéo sur une façade trop petite. Inutile de proposer de l'interactivité à l'échelle d'une personne. Impensable d'installer un point d'accès unique.

En réponses à ces contraintes, on diversifie, on déploie, on duplique.
[pssst, qu'est-ce qu'on se disait à propos du transmédia l'autre fois ?]

Trois acrobates pour une grue
Effet de miroir (1 = 2 au minimum)
La même marionnette palpe le public d'en face

Chacun sa colonne de plumes

Et on investit les espaces libres !

L'installation prend tout son sens lorsque sa scénarisation, sa scénographie, son spectaculaire, se régénèrent par ces nouveaux espaces de visibilité : à travers la poésie, le gag, le message.




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