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Les webdocs sont nos amis, il faut les aimer aussi

Prenez un ou plusieurs documentaristes. Abordez un sujet de conversation anodin, par exemple : les derniers projets qui vous ont emballé. Sortez un webdoc de votre poche. Constatez.

A l'heure du "trans" (lire Douces transes, un article d'Emmanuel Denave), les professionnels de l'image semblent se recroqueviller dans leur savoir-faire, leur circuit, leurs convictions. Et rejeter en masse les nouvelles images interactives. Pour quelles raisons ?

Vu du RER C

"Nous n'allons pas sacrifier la qualité audiovisuelle"

Il ne s'agit pas d'opposer interactivité et regard d'auteur. Le webdoc, porté par une équipe, n'en consacre pas moins un réalisateur : il suffit de voir aujourd'hui combien le nom de David Dufresne est une métonymie de son oeuvre Fort McMoney, pour ne citer qu'un exemple.

NO ES UNA CRISIS est peut-être un webdoc modélisant ? Produit par la Société des Apaches, il a toutes les qualités d'un bon documentaire, avec une navigation web. Le design sonore et la recherche graphique contribuent à la réussite de l'ensemble. Les séquences vidéo sont en licence Creative Commons (CC BY-SA), ce qui permet à chacun - y compris un enseignant - de s'en saisir.

L'interface de NO ES UNA CRISIS

Une interview

Une séquence de manifestation

"Il faut du temps (90') pour raconter une histoire"

Oui, sans doute : un bon argumentaire a besoin d'espace pour se déplier, se déployer, s'exposer à un auditoire - ou à un public. Quoique... Il suffit de voir le travail remarquable fait autour de ce récit d'un petit-fils sur la vie de son grand-père, lisible en 15 minutes et totalement immersif : La dernière chasse.

Diaporama photo

L'histoire se lit en scrollant...


... et donne parfois lieu à des merveilles d'animation !

Pourquoi croire qu'un webdoc se consomme sur le pouce ?
Cette fameuse donnée de 5 minutes passées en moyenne sur une oeuvre interactive en ligne fait beaucoup de mal. Quid de sa pondération vis-à-vis des temps moyens de consultation d'un site web ?

Auquel cas, nous sommes d'accord : le support n'est pas encore optimisé pour des œuvres longues. Nous consultons encore le web, pour la majorité, sur un poste de travail ou bien dans les transports, sur de petits écrans de téléphone. Soyons patients : les supports mobiles (comme les tablettes) sont encore jeunes. Il faut du temps pour faire évoluer les pratiques culturelles.

"La linéarité du documentaire est indispensable à l'immersion"

Ce point est à discuter. Qu'en est-il des séries télévisées qui n'ont jamais été autant plébiscitées ? Certes, elles ont leur grammaire propre, comme par exemple un résumé systématique, en début d'épisode, des événements précédents. Pourquoi ne pas emprunter un peu de ces codes pour des œuvres fragmentaires ?

La série avant la TV : arbre généalogique des Rougon-Macquart

Le feuilleton à la TV : arbre généalogique des familles de Game of Thrones

Quant à l'immersion induite par la passivité du spectateur de documentaire, elle laisse perplexe à l'heure où les études cognitives investissent le champ des nouveaux médias et des jeux vidéo. Lire ce dossier sur les tests et mesures des pratiques interactives pour la journée d'études PraTIC (13 février 2014).

Il semble indispensable de suivre les travaux des laboratoires pour étayer nos connaissances sur l'engagement de notre public et pour lui proposer des interactions plus fines.

"Il n'y a pas de modèle économique"

Certes non. Le webdoc est né d'une volonté d'émancipation vis-à-vis des diffuseurs TV. Il a trouvé à l'époque le terrain du web comme espace de liberté. Aujourd'hui, il a été rattrapé par les grands commanditaires de la culture des images que sont Arte, l'ONF, France TV nouvelles écritures...

Peut-on inventer d'autres modèles économiques ? Quand la diversité des interlocuteurs se fait toute petite, c'est le moment de fédérer à l'échelle locale. C'est ce que fait cd1d, dans le domaine musical, avec sa plateforme de streaming équitable 1D touch : un moyen de faire connaître des contenus sans passer par les poids-lourds de l'industrie concernée et de revaloriser la portée des tiers-lieux (espaces culturels, bibliothèques, etc.)



"Nous ne savons pas faire de l'interactif"

Non, mais d'autres savent le faire. C'est le moment d'élargir l'équipe à des compétences nouvelles. On parle des nouveaux métiers du web : il ne s'agit pas uniquement d'un écran de fumée de la génération Y, celle qui suscite tant de fantasmes.

Quand deux auteurs aux compétences diamétralement opposés se rencontrent, de beaux projets émergent, comme Vu du RER C. Le binôme auteur-codeur est fécond : il a donné naissance à un livre, une application, une gestion des contenus sur les réseaux sociaux, bref, à une expérience globale.

Vu du RER C


Ne nous lassons pas d'explorer, traçons des projets à géométrie variable, allons picorer dans des champs inconnus ! Sous peine de nous faire bientôt taxer d'eugénisme... ou du moins d'un léger risque de consanguinité.

intuitio, colloque du laboratoire des intuitions


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